Archéologies

par Joe Neill

Joe Neill ParallelWorldsNine 2021 Dessin numerique sur papier 72x200 & 36x100 cm

J’ai grandi dans une petite ville de la « Rust Belt » au cœur de la Pennsylvanie aux USA. Le contexte du paysage industriel et les activités propres à cette région ont forgé l’archéologie de mes premiers souvenirs. Les usines étaient le« life blood of the borough » et elles ont été détruites au prix d’une rentabilité forcenée et d’autant plus tragique que ceux qui y ont travaillaient ont été les mêmes qui ont été recrutés pour son démantèlement. Ce traumatisme n’est pas étranger à mon travail actuel.

En dépit de leur présence envahissante et polluante, ces structures d’acier symbolisaient aussi les ressources inventives et imaginatives de l’esprit humain. Pour moi, l’art est en constant dialogue avec l’existant. L’usine par son fonctionnement, sans cesse en mouvement, offre chaque fois des visions différentes. Elle a développé dans mon imagination une analogie avec des organismes qui vivent et respirent. L’usine devient ainsi une métaphore du vivant.
L’art est toujours ambigu en ce sens qu’il suggère la représentation de choses qui, en réalité, n’existent pas. Cette ambiguïté, peut-elle dépasser le concret et laisser la place à un imaginaire poétique? A partir de ces squelettes d’un autre âge, j’ai construit des chimères aux allures des cathédrales industrielles et des échappées vers des perspectives inconnues.

Mes dessins ne sont ni des représentations de la réalité ni le résultat d’un logiciel spécialisé (l’outil informatique n’est là que pour remplacer le pinceau et le crayon).
Le spectateur peut-il accepter que ce qu’il voit n’est pas ce qu’il est? Peut-il admettre l’incongruité fondamentale du non-fonctionnement de ces structures et apprécier l’esthétique propre au monde industriel?
Je m’autorise à penser que dès lors qu’il échappe à la prégnance du réel, l’Art permet d’accéder à une interrogation spirituelle sur la complexité qui donne sens à nos vies.

Joe Neill – 2022

P.-S. : A l’heure où j’écris ce texte, on ne peut ne pas penser à l’actualité Ukrainienne qui a su détourner le complexe d’AZOVSTAL en un symbole de la résistance face à la barbarie.

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